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Nawal El-Saadawi était la figure de l’émancipation des femmes en Égypte.

Nawal al-Saadawi • Crédits : Marwan Naamani - AFP

Nawal al-Saadawi • Crédits : Marwan Naamani - AFP

Son nom ne vous dit peut-être rien, mais Nawal El-Saadawi était le visage de la lutte pour l’émancipation des femmes en Égypte. Née le 27 octobre 1931, elle vient de décéder, dimanche 21 mars 2021, à l'âge de 90 ans, au terme d'une vie de lutte, contre la polygamie, le port du voile islamique, l'excision, non sans briser les tabous du sexe et de la religion.

"La jeunesse en Égypte comme à l'étranger, m'a toujours couverte d'amour et de reconnaissance" aimait à dire cette médecin psychiatre de formation, auteure d'une cinquantaine de livres.  

Son franc-parler et son courage ont inspiré des générations de féministes en Égypte et dans la région. Son engagement contre l'autoritarisme du président Sadate lui avait valu d'être emprisonnée en 1981. Dans les années 1990, l'apparition de son nom sur une liste de personnalités à abattre, dressée par des milieux extrémistes islamistes, l'avait poussée à s'installer aux États-Unis de 1993 à 1996, où elle enseigna alors à l'université de Dukes. Nawal El-Saadawi avait envisagé de se porter candidate à l'élection présidentielle de 2005, mais elle s'était rapidement retirée de la course, dénonçant une "parodie" de démocratie orchestrée du temps de l'ex-raïs Hosni Moubarak, chassé en 2011 par une révolte populaire. En 2007, l'institution théologique Al-Azhar, l'une des plus prestigieuses de l'islam sunnite, portait plainte contre elle pour atteinte à l'islam. Un mois plus tôt, son autobiographie et l'une de ses pièces de théâtre avaient été bannis de la foire du Livre du Caire.

Elle avait alors quitté le pays, avant d'y revenir en 2009.

 

"Je ne me soucie pas des critiques universitaires ou du gouvernement, je ne cherche pas les prix", avait déclaré Nawal El-Saadawi, célèbre pour ses convictions de gauche et anti-islamistes et dont le tempérament d'acier tranchait avec sa frêle silhouette, son élégante chevelure blanche et son sourire chaleureux.

Parmi ses ouvrages, elle est l'auteure de deux livres féministes de référence dans le monde arabe, qui sont largement reconnus dans le monde entier pour leur poids dans la lutte contre le patriarcat :

-"Au début, il y avait la femme"

- "La femme et le sexe".


La Femme et le Sexe, publié en 1972, a provoqué une large controverse à sa sortie. Elle y traitait en effet du sujet de l’excision. L’ouvrage a d’abord été interdit, puis son auteure a été contrainte de cesser d’exercer son métier de médecin dès l’année suivante, rappelait Le Monde en 2017. Elle a alors été qualifiée de « traître à la nation » égyptienne, et s'est attiré les foudres des autorités gouvernementales et religieuses.

Elle a néanmoins continué, coûte que coûte, à écrire sur les diktats de la religion imposés dans la vie des femmes. En 1987, elle publie "La Chute de l’imam", et en 1992 "L’Innocence du diable", qui sont consacrés aux conditions de vie des femmes face à l’intégrisme religieux. La honte, le désespoir et la répression de la féminité seront des thèmes capitaux dans son œuvre, qui lui survivra longtemps.

 

"J'ai dédié toute ma vie à l'écriture. Malgré tous les obstacles, j'ai toujours continué à écrire", avait dit cette mère de deux enfants, une fille et un garçon, qui a "divorcé de ses trois maris".

Sources : France Culture, France 24, Gala, 6Medias

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